Quand la vie prend une direction un peu différente…

Bonjour,

Voilà un moment que je traîne l’idée de faire se billet sans vraiment y arriver.

En fin d’année dernière, nous sommes rentrés chez moi. Voilà 8 ans que je n’étais pas retournée dans mon île. Pendant longtemps cela ne m’a pas manqué, mais avec la naissance de Petite Puce le mal du pays s’est fait de plus en plus sentir. Il devenait important et viscérale que ma fille connaisse mon île, une partie de mon histoire, mes amis. Je voulais qu’elle sache qui je suis. Alors lorsque l’opportunité s’est présentée nous n’avons pas hésité : il était temps de rentrer au pays.

Petite Puce et moi avons passé un mois au Fenua, un mois qui m’a permis de prendre conscience de ce que j’avais volontairement occulté, ce que ces dernières années j’avais tenté, non pas de renier, mais de minimiser : je ne suis peut-être pas née là-bas mais ça n’en reste pas moins mon pays. Ma famille y habite, mes amis y habitent, mes souvenirs y sont liés et je suis viscéralement attachée à cette terre, à cette île. Pendant longtemps sous prétexte que je n’étais pas née là-bas je me suis cru interdite de penser, de croire que c’était chez moi. Cela peut paraître stupide mais je pensais n’avoir pas la légitimité pour dire que cette île était aussi la mienne alors adolescente je l’ai détestée autant que je l’ai aimé et j’ai choisi de la fuir pour apprendre et comprendre combien elle faisait partie de moi.

Pour la première fois je me suis permise d’y croire et de le penser. Pour la première fois depuis des années je me suis sentie à ma place, je n’avais plus l’impression d’être un imposteur. J’étais enfin rentrée chez moi.

Mais voilà il a fallu repartir en métropole car nos vies étaient là-bas. Le retour a été plus que difficile pour tout le monde. Melle C. ne comprenait pas pourquoi sa Grand-mère n’était plus auprès d’elle, pourquoi elle devait s’habiller, pourquoi il faisait froid. L’Homme et moi nous ne comprenions pas l’agressivité des gens autour de nous, pourquoi nous devions supporter ce froid. Je n’arrêtais pas de me demander ce que je faisais là. Je me sentais comme une étrangère dans cette ville, dans cette vie. J’ai pris conscience que ce n’était pas, ce n’était plus la vie que je voulais. Alors après en avoir longuement discuté avec L’Homme nous avons décidé qu’il était temps pour notre bien être à tous de rentrer chez moi. Nous nous sommes laissé l’année pour organiser le déménagement, trouver des boulots avec l’objectif de passer Noël en famille à la maison.

J’ai enfin pu rêver d’une autre vie, d’une vie pas forcément plus facile mais entourée des gens que j’aime dans un environnement où je me sens bien. Mais voilà, parfois la vie ne va pas dans la même direction que celle que vous aviez imaginée et elle nous amène à faire des choix. Et alors que ce projet mûrissait et se dessinait doucement il a fallu que je fasse un choix.

En fait ce n’est pas totalement comme cela que cela s’est passé. Peut-être que cela aurait été moins douloureux si j’avais vraiment eu le choix. Mais cela s’est imposé à moi comme une évidence et la conséquence a été de devoir renoncer, au moins temporairement à partir.

Renoncer à un rêve, à un plan de vie c’est faire le deuil d’un futur idéalisé. Peut-être que partir était une mauvaise idée, peut-être que cela se serait soldé par un échec. Je ne le sais pas, je ne le saurais pas. Nous étions préparés à un échec possible mais je me disais qu’au moins j’aurais essayé. Cela aurait été difficile et douloureux mais certainement moins que de devoir y renoncer sans même avoir tenté.

On pourrait croire que renoncer à un rêve pour un autre rend les choses plus faciles, mais ce n’est pas le cas. Il m’a fallu du temps pour le digérer et l’accepter.

Aujourd’hui c’est un peu plus facile, toujours un peu douloureux mais moins. Les difficultés à traverser se sont finalement envolée pour ne laisser place qu’un joli bonheur et cela a beaucoup aidé.

Je me suis rattachée à des évidences et des bonheurs. Le contexte économique n’est certainement pas favorable à un déménagement, quitter un job et un appartement pour un rêve c’est facile lorsqu’on est seul ou deux, plus compliqué et peu raisonnable à quatre. Et cette famille à quatre je l’ai tellement désirée, souhaitée, rêvée qu’elle est plus importante que de rentrer à la maison.

Un jour nous partirons tous ensemble pour nous installer définitivement au Fenua, ce n’est que partie remise ! Ce jour-là sera le bon moment et nous y serons heureux en famille.

L.

P.S : promis mes prochains billets seront plus légers !

Publicités